Nord et Lamanai
Plaines de canne à sucre, lagunes Ramsar et sites mayas accessibles en bateau : le nord du Belize se vit au rythme lent de la New River et des hérons.
Le nord du Belize s'étend des plaines de canne à sucre d'Orange Walk jusqu'à la frontière mexicaine de Corozal, sur une centaine de kilomètres de terres basses traversées par deux rivières lentes : la New River et le Rio Hondo. C'est une région d'altitude quasi nulle, rarement plus de 50 mètres, où le calcaire affleure sous une mosaïque de forêts secondaires, de marécages saisonniers et de champs cultivés. Le climat y est plus sec que dans le sud du pays, avec une saison des pluies plus courte, ce qui explique en partie l'importance historique des occupations humaines.
Orange Walk, surnommée Sugar City, vit au rythme de la récolte de canne entre décembre et juin. Les camions chargés circulent jour et nuit vers la raffinerie de Tower Hill. La population mêle Mestizos descendants des réfugiés de la guerre des Castes du Yucatán au XIXe siècle, communautés mennonites de Blue Creek et de Shipyard qui cultivent maïs et soja en chapeaux de paille et carrioles tirées par des chevaux, et créoles installés le long du fleuve. À Corozal, plus au nord, l'influence yucatèque domine : on y parle espagnol autant qu'anglais, et la cuisine emprunte au Mexique voisin, panuchos, salbutes, escabeche de poulet aux oignons rouges.
Le site maya de Lamanai constitue le point d'ancrage de notre programme dans la région. Son nom signifie crocodile submergé en maya yucatèque, et il fait référence aux crocodiles de Morelet qui peuplent toujours la lagune adjacente. Lamanai présente une particularité que peu de sites mayas partagent : une occupation continue depuis 1500 avant notre ère jusqu'à l'arrivée des Espagnols au XVIe siècle, soit plus de trois mille ans. On y voit les ruines de deux églises franciscaines bâties par-dessus des structures préhispaniques, puis incendiées lors d'une révolte indigène. Le Temple du Masque, le Temple Élevé qui culmine à 33 mètres au-dessus de la canopée, et le Temple du Jaguar jalonnent un parcours en sous-bois où grognent les singes hurleurs noirs.
L'accès à Lamanai se fait en bateau depuis Tower Hill Bridge, au sud d'Orange Walk. La remontée de la New River dure environ une heure et demie. Le pilote ralentit aux endroits où les crocodiles se chauffent sur les berges, où les jacanas marchent sur les nénuphars, où les anhingas sèchent leurs ailes sur les branches mortes. On croise parfois des chauves-souris pêcheuses suspendues sous les troncs penchés. Cette approche fluviale fait partie intégrante de l'expérience archéologique : c'est par cette rivière que les Mayas eux-mêmes accédaient au site.
L'autre pôle naturaliste du nord, le Crooked Tree Wildlife Sanctuary, est une zone humide de 16 400 hectares classée site Ramsar depuis 1998. Le village de Crooked Tree, l'un des plus anciens établissements créoles du pays, s'installe sur une île reliée à la terre ferme par une chaussée submersible. La lagune attire en saison sèche, de janvier à mai, des concentrations d'oiseaux d'eau : jabirus d'Amérique avec leurs 2,80 mètres d'envergure, cigognes des bois, spatules rosées, hérons agami, kingfishers. C'est aussi un point d'observation pour les iguanes verts et les loutres néotropicales.
Plus discrètement, la région recèle d'autres sites mayas accessibles : Cuello, près d'Orange Walk, livre les plus anciennes datations céramiques des basses terres mayas (vers 1200 avant notre ère). Cerros, sur la baie de Corozal, fut un port commercial actif entre 50 avant notre ère et 100 de notre ère. Santa Rita, dans Corozal même, témoigne d'une occupation postclassique encore florissante à l'arrivée des Espagnols. Ces sites se visitent sans foule, souvent seuls avec le gardien.
À découvrir
Remontée de la New River vers Lamanai. Une heure et demie de navigation entre tapis de nénuphars et berges habitées par les crocodiles de Morelet, avant de débarquer au pied du Temple Élevé qui dépasse de 33 mètres la canopée.
Crooked Tree en saison sèche. De janvier à mai, la baisse du niveau de la lagune concentre jabirus, spatules rosées et cigognes des bois. Le village créole, fondé au XVIIIe siècle, se parcourt à pied ou en pirogue depuis les pontons.
Marché et campagne mennonite de Blue Creek. Carrioles à cheval, fermes laitières, scieries et boutiques où l'on parle Plautdietsch. Une plongée brève dans une économie agricole qui fournit une part importante du maïs et des œufs du pays.
Cuisine mestizo d'Orange Walk. Tacos de cochinita pibil cuits dans la feuille de bananier, escabeche de poulet aux oignons rouges marinés, horchata de riz. Les bonnes adresses sont des comedores familiaux ouverts uniquement le midi.
Le site portuaire de Cerros. Sur la baie de Corozal, accessible en barque depuis Copper Bank, les temples préclassiques de Cerros surveillaient le commerce maritime maya entre la côte caraïbe et le Petén. Visite presque toujours en solitaire.
Quand y aller
La saison sèche s'étend de janvier à mai et constitue la meilleure période pour le nord. Les températures diurnes oscillent entre 26 et 31 °C, l'humidité retombe, les pistes vers Lamanai et les abords de Crooked Tree restent praticables. C'est aussi la fenêtre ornithologique majeure : la baisse du niveau d'eau dans la lagune Ramsar concentre les oiseaux migrateurs et résidents entre février et avril. Les mois d'avril et mai deviennent chauds, jusqu'à 34 °C en milieu de journée, sans toutefois atteindre les pics du sud du pays.
De juin à novembre, la saison des pluies apporte des averses de fin d'après-midi, plus intenses en septembre et octobre, avec un risque cyclonique réel sur la côte caribéenne proche. Les chemins forestiers de Lamanai se boueuse, la navigation reste possible mais les observations animalières se font sous parapluie. Décembre est une saison de transition, encore humide la première quinzaine, sec et frais ensuite, avec des nuits qui peuvent descendre à 18 °C à Corozal sous l'effet des nortes, ces poussées d'air froid venues du golfe.
Conseils pratiques
Nous conseillons de consacrer 2 à 3 nuits au nord pour absorber sans précipitation Lamanai, Crooked Tree et un ou deux sites secondaires. Une journée seule pour Lamanai en aller-retour depuis Belize City est possible mais ampute l'approche fluviale de sa lenteur utile. Le point d'entrée logistique le plus simple reste l'aéroport international de Belize City, à 90 minutes de route d'Orange Walk et 2h30 de Corozal. Pour les voyageurs combinant avec le Mexique, le poste-frontière de Santa Elena près de Chetumal ouvre directement sur Corozal.
La région se combine logiquement avec Cayo et l'ouest, dont elle partage la vocation archéologique : nous construisons souvent un circuit Lamanai puis Caracol et Xunantunich en cinq à six jours. Elle se complète aussi très bien avec un séjour balnéaire sur les Cayes et la barrière de corail, en passant par Belize City. L'hébergement va de la jungle lodge isolée près de Lamanai aux maisons d'hôtes simples de Crooked Tree et aux hôtels familiaux de Corozal au bord de la baie. Le nord parle particulièrement aux voyageurs intéressés par l'archéologie, l'ornithologie et l'observation de la faune fluviale, davantage qu'aux amateurs de randonnée ou de paysages de relief.

